Laurent Gounelle : "le mendiant de l’amour"

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J’avais déjà eu le plaisir de m’entretenir avec Laurent Gounelle lors de la parution de son premier livre L’homme qui voulait être heureux. Un ouvrage exceptionnel que je conseille à mes patients lorsqu’ils cherchent à donner un sens à leur vie.

Laurent a écrit depuis Les Dieux voyagent toujours incognito (l’histoire d’un homme qui se retrouve contraint de faire ce qu’il n’aurait jamais osé entreprendre mais dont il rêvait secrètement) et Le philosophe qui n’était pas sage qui vient de paraître dans une co-édition Plon et Kero.

Il s’agit d’une aventure, dans la lignée des ouvrages précédents : un mélange harmonieux de roman, de développement personnel et de philosophie compréhensible par tous. L’auteur se sert de cette histoire de manipulation d’un peuple par des hommes venus de la "civilisation" pour nous proposer une parabole en forme de critique de notre société actuelle.

Alain Giraud : Pourquoi avoir écrit ce troisième livre sous forme de roman ?

Laurent Gounelle : Je crois au pouvoir métaphorique des histoires. Les concepts et les théories m’intéressent quand ils s’inscrivent dans la vie. Mes idées se glissent dans la vie de mes personnages… L’histoire se déroule à l’autre bout du monde, et pourtant c’est une histoire sur nous, notre société, cette société qui a façonné malgré nous nos esprits et nos habitudes de vie. J’avais envie d’inviter chacun de nous à une prise de conscience, et oser la question : est-ce vraiment ce que nous voulons ?

Sandro, le héros de votre roman, part en Amazonie pour inculquer à une tribu sauvage des principes comme la jalousie ou l’individualisme. Pourquoi ?

Sandro croit ces gens responsables de la mort de sa femme, une journaliste partie sur place pour faire un reportage sur ce peuple connu pour être le plus épanoui de la terre. C’est pour lui insupportable de savoir que ceux qui ont brisé sa vie demeurent des gens heureux. Obnubilé par le désir de vengeance, il veut les rendre malheureux. Il va dans ce but leur inculquer un mode de vie et de pensée qui, progressivement, va s’avérer ressembler étrangement au nôtre…

Pourquoi cette histoire se déroule-t-elle en Amazonie ? Etait-ce simplement pour y mettre une pointe d’exotisme ?

L’Amazonie est l’un des seuls endroits sur terre où il existe encore des peuples n’ayant eu aucun contact avec le monde dit civilisé. Je voulais que l’histoire se déroule dans un tel contexte, qui offre un contraste saisissant avec celui dans lequel nous vivons. Mon but était, à travers cette histoire, d’écrire sur nous, notre culture, notre modèle de société. Quand on a toujours vécu en France ou dans un autre pays occidental, on n’a pas conscience de notre propre culture et de ce qu’elle induit en nous. On baigne dedans depuis notre naissance, et on peut donc difficilement remettre en question notre façon de vivre, notre manière de penser, de nous comporter, puisqu’on n’en est pas conscients.

Cette tribu amazonienne si bien décrite dans votre ouvrage est-elle utopique ?

C’est un peu une synthèse de différentes ethnies que comporte l’Amazonie. Ces gens ont en commun une même vision de la vie, faite de liens entre les hommes et avec la nature. Nous nous sentons quant à nous séparés : séparés de la nature, ce qui explique notre tendance à l’exploiter et même la détruire sans vergogne ; séparés des autres, ce qui induit une attitude de type "chacun pour soi". Je me souviens avoir séjourné dans un camp avec des Indiens et des Occidentaux. Un jour, un vol a été commis, vraisemblablement par l’un d’entre nous. La réaction incrédule d’un Indien a été de dire : « Mais pourquoi cet homme se serait-il fait ça à lui-même ? ». Aujourd’hui, en détruisant la nature, l’homme ne se rend pas compte qu’il est en train de détruire l’humanité.