Pilule : prévention et surveillance biologique

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Par le Dr Philippe TOURNESAC - Responsable pédagogique du Diplôme Universitaire Biomarqueurs Santé Nutrition

La contraception orale ou pilule oestroprogestative présente des risques. la surveillance biologique permet de les détecter précocement. Celle pratiquée couramment est nettement insuffisante si l’on tient compte des données scientifiques actuelles.

Le plus souvent les contraceptifs oraux ou "pilules" contiennent le même œstrogène l’eéthynil-estradiol (EE), à dose plus ou moins forte, associé à un progestatif variable d’une spécialité à l’autre. En dehors des génériques existants, les différences résident donc dans la dose d’EE et dans le type de progestatif supposé être toujours mieux toléré que le voisin !

Depuis peu, les oestroprogestatifs sont proposés sous forme de patch ou par voie vaginale. Les effets et les précautions décrites ci-dessous sont identiques.

DES RISQUES MULTIPLES

La crise récente autour des pilules dites de 3ème génération a souligné le risque cardiovasculaire de l’association oestroprogestative. Même si ce risque est estimé plus faible avec les pilules plus traditionnelles, il n’en demeure pas moins réel. Le risque d’AVC serait multiplié par 2 à 4 selon les études, ce qui est d’autant plus important qu’il s’agit d’une affection fréquente.

Selon le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), organisme rattaché à l'OMS, les oestroprogestatifs sont des cancérogènes du groupe 1, ce qui signifie un très haut niveau de preuve en fonction des données scientifiques existantes. L'analyse de toutes les données a conduit les experts à conclure à une majoration, de l'ordre de 20 %, du cancer du sein sous pilule. Celle-ci augmenterait également le risque de cancer du col de l'utérus ainsi que celui du foie. En revanche, elle diminuerait le risque de cancer de l'endomètre et de l'ovaire d'environ 50 %.

Par ailleurs, la liste des effets secondaires énoncés sur la notice montre bien que sa prise régulière expose la santé à des risques qui doivent être pris en considération : prise de poids, céphalées migraines, jambes lourdes… Un autre effet peu abordé est celui de "perturbateur endocrinien". Derrière cette désignation très vaste, et du coup un peu vague, se cache tout un ensemble de substances étrangères à l'organisme qui peuvent interérer avec les hormones normalement présentes ou leurs récepteurs.

En altérant les fonctions endocrines (hormones), ils peuvent affecter tout à la fois le sujet prenant le "perturbateur endocrinien"mais aussi sa descendance. Alors qu'en est-il exactement de ce risque?

GÉNÉTIQUE ET SENSIBILITÉ INDIVIDUELLE

Toute pilule, quel que soit son type, passe par une phase de détoxication. Et selon les polymorphismes des enzymes de phase 1 et 2 présents, les métabolites formés ne seront pas les mêmes. Dans certains cas il pourra en résulter notamment un état de stress oxydant et d'inflammation de bas grade. Par ailleurs la tolérance des organes, des cellules, des enzymes ou des gènes à ces molécules ou à leur produit de dégradation est très variable d’une personne à l’autre.

Comme cette contraception est souvent recommandée, voire nécessaire, il me semble utile de prévenir les complications en évaluant mieux le risque grâce à la biologie. Les variations biologiques précédent les complications cliniques. Certaines variations biologiques peuvent inciter à interrompre ou ne pas prescrire un oestroprogestatif et choisir une autre contraception.

Avant toute prescription, il faut évaluer le risque cardiovasculaire et cancérigène :

Risque vasculaire :

Tabagisme

Anomalie du bilan lipidique : cholestérol (total, HDL, LDL), triglycérides…

Diabète : glycémie

Hypertension artérielle

Antécédent de trouble vasculaire : AVC, phlébite…

Maladies ou état inflammatoire chronique : CRP ultrasensible

En cas d’antécédent familial ou personnel de phlébite ou de trouble d’hypercoagulation il

faut rechercher une prédisposition héréditaire en faisant les analyses suivantes :

•Test de résistance à la protéine C activée

•Dosage de l’antithrombine III

•Mesure de l’activité anticoagulante de la protéine C

•Mesure de l’activité de la protéine S

•Dosage de l’homocystéine

•Dosage des anticorps antiphospholipides

Risque cancérigène :

Antécédent personnel ou familial de cancer hormonodépendant

Tabagisme

Recherche de déficit prédisposant ( facultatif) : sélénium, caroténoides, vitamine D

Inflammation chronique

INFLAMMATION DE BAS GRADE ET PILULE

Le CRP ou C Réactive Protéine est un marqueur de l’inflammation. Une technique de dosage ultrasensible (CRPus) permet d’identifier plusieurs sous-groupes. Si le dosage est inférieur à 1 mg/l, il s’agit d’une valeur optimale santé signifiant l’absence d’inflammation diffuse dans l’organisme ce qui n’exclut pas un petit foyer inflammatoire localisé. Si la valeur est entre 1 et 10mg/l, on parle d’inflammation de bas grade. Au-delà de 10mg/l, il s’agit d’une inflammation de haut grade. L’inflammation de bas grade est en général asymptomatique mais fait le lit des maladies chroniques cardiovasculaires, cancer et maladies dégénératives qui impactent le pronostic vital.